La réponse en 30 secondes Mis à jour le 7 octobre 2026
La décote d’un logement classé F ou G n’est pas un taux fixe : elle dépend de la tension du marché local, de la part de passoires thermiques dans le parc de logements et du profil de l’acheteur, pas d’un barème réglementaire. Aucun texte ne fixe de pourcentage de baisse. En revanche, l’audit énergétique, obligatoire depuis le 1er avril 2023 pour les logements classés G et depuis le 1er janvier 2025 pour les F, chiffre précisément le coût des travaux de sortie de passoire thermique : ce montant devient le point d’ancrage réel de la négociation entre vendeur et acheteur. Un investisseur locatif, bloqué par l’interdiction de louer les G depuis 2025 (puis les F dès 2028), négocie plus durement qu’un acheteur occupant. Pour chiffrer votre situation précise, comparez vente en l’état et rénovation avant vente via un simulateur dédié plutôt que de vous fier à un pourcentage générique.
Pourquoi deux logements classés F ou G ne perdent-ils pas la même valeur ?
Parce que le DPE n’est qu’une des variables du prix. Deux maisons avec la même étiquette F, construites la même année et de surface comparable, peuvent afficher des décotes très différentes selon leur localisation. La classe énergétique signale un problème (une consommation élevée, des travaux à prévoir), mais elle ne dit rien du rapport de force entre vendeur et acheteur sur le marché où se situe le bien. Or c’est ce rapport de force, et non l’étiquette elle-même, qui détermine l’ampleur réelle de la négociation.
Le décret n° 2021-19 du 11 janvier 2021 fixe les seuils de consommation énergétique qui définissent chaque classe, exprimés en énergie primaire par mètre carré et par an :
| Classe DPE | Seuil de consommation (kWh/m²/an) |
|---|---|
| A | ≤ 70 |
| B | 71 à 110 |
| C | 111 à 180 |
| D | 181 à 250 |
| E | 251 à 330 |
| F | 331 à 420 |
| G | > 420 |
Ce seuil technique est identique partout en France. Ce qui diffère d’une ville à l’autre, c’est ce que ce seuil représente concrètement pour un acheteur local : un surcoût de chauffage marginal dans une région au climat tempéré et au mix énergétique favorable, ou une charge lourde dans une zone mal desservie par le gaz de réseau et soumise à des hivers rigoureux.
Qu’est-ce que la décote d’un bien énergivore, concrètement ?
La décote, c’est l’écart de prix entre un bien classé F ou G et un bien comparable mieux classé, situé dans le même secteur. Elle se mesure en comparant des transactions réelles, pas en appliquant une formule. Les notaires, via leurs bases de données de transactions (base BIEN en Île-de-France, base Perval en région), publient régulièrement des indicateurs de marché qui permettent d’objectiver ces écarts localement, secteur par secteur.
Cette décote n’est pas une pénalité administrative : aucun texte de loi ne l’impose. Elle résulte de l’addition de plusieurs facteurs objectifs : le coût des travaux de rénovation à prévoir, le risque de ne plus pouvoir louer le bien aux dates fixées par la loi Climat et Résilience (loi n° 2021-1104 du 22 août 2021), et la perception du risque par l’acheteur quant à l’évolution future des prix de l’énergie. C’est la somme de ces risques, évalués différemment selon chaque marché local, qui forme le prix final négocié.
Le marché local change-t-il vraiment l’ampleur de la décote ?
Oui, et dans les deux sens. Dans un marché tendu, où la demande dépasse largement l’offre de biens disponibles (certains arrondissements parisiens, certaines métropoles attractives), un acheteur pressé par la pénurie de biens peut accepter un classement F ou G en échange d’un prix qui reste proche de celui d’un bien mieux classé, quitte à intégrer les travaux dans son projet personnel. Le rapport de force penche alors en faveur du vendeur.
À l’inverse, dans un marché détendu, là où l’offre de logements à vendre est abondante par rapport à la demande, l’acheteur a le choix entre plusieurs biens comparables. Il peut alors se permettre d’exiger une décote plus marquée sur un bien F ou G, ou simplement se reporter sur un bien mieux classé proposé au même prix. La tension du marché local agit donc comme un amplificateur ou un amortisseur de l’effet DPE sur le prix, sans jamais l’annuler complètement.
La part de passoires thermiques dans le parc local influence-t-elle le prix ?
Oui, par un effet de rareté inversée. Dans les zones où le parc ancien domine (centres-villes historiques, zones rurales avec un bâti d’avant 1950), les logements classés F et G sont nombreux : l’acheteur a un large choix de biens comparables dans la même situation énergétique, ce qui limite sa marge de négociation sur un bien en particulier, puisqu’il retrouvera le même problème ailleurs.
À l’inverse, dans un parc immobilier globalement récent ou déjà largement rénové, un bien classé F ou G devient l’exception plutôt que la norme. Il se retrouve alors comparé, non plus à d’autres passoires thermiques, mais à des biens globalement mieux classés, ce qui accentue l’écart de prix perçu et donc la décote négociée. Cette donnée, la part de passoires thermiques dans le parc local, est publiée par classe et par zone géographique dans les statistiques de l’Observatoire national de la rénovation énergétique, adossé au Ministère de la Transition écologique.
Le profil de l’acheteur change-t-il la négociation ?
Oui, fondamentalement. Un acheteur occupant, qui projette d’habiter le bien, pondère le DPE parmi d’autres critères : l’emplacement, la configuration des pièces, le quartier, l’école à proximité. Le classement énergétique pèse dans sa décision, mais rarement seul.
Un investisseur locatif raisonne différemment : il calcule une rentabilité, et l’interdiction de mise en location des logements classés G depuis le 1er janvier 2025, puis des F à partir du 1er janvier 2028 (loi Climat et Résilience, article 160), entre directement dans son calcul de rendement. Un bien qu’il ne pourra plus louer en l’état sans travaux devient un actif à requalifier avant mise sur le marché locatif, ce qui durcit mécaniquement sa négociation à l’achat.
Un marchand de biens ou un promoteur, enfin, achète en intégrant d’emblée le coût des travaux dans son modèle économique : il négocie à partir du prix de revente visé, moins le coût de rénovation estimé, moins sa marge. Sa décote est donc la plus prévisible des trois, et souvent la plus importante, car elle intègre un objectif de marge en plus du coût réel des travaux.
Quel rôle joue l’audit énergétique obligatoire dans la négociation ?
Il transforme une inquiétude diffuse en chiffre vérifiable. Depuis le 1er avril 2023, l’audit énergétique est obligatoire pour la vente des logements classés G, et depuis le 1er janvier 2025 pour les logements classés F (décret n° 2022-1143 du 9 août 2022, pris en application de la loi Climat et Résilience). Ce document, distinct du DPE, propose des scénarios de travaux chiffrés pour sortir le bien de sa classe énergétique actuelle, avec des montants précis par poste de travaux.
| Étape du calendrier | Date d’entrée en vigueur | Obligation concernée |
|---|---|---|
| Audit énergétique vente | 1er avril 2023 | Logements classés G |
| Audit énergétique vente | 1er janvier 2025 | Logements classés F |
| Audit énergétique vente | 1er janvier 2034 | Logements classés E |
| Interdiction de location | 1er janvier 2025 | Logements classés G |
| Interdiction de location | 1er janvier 2028 | Logements classés F |
Avant l’obligation d’audit, la décote se négociait sur des estimations approximatives, souvent avancées par l’acheteur seul. Avec un audit chiffré en main, remis par le vendeur, la discussion porte sur des montants documentés : le coût de l’isolation, du changement de système de chauffage, de la ventilation. Pour approfondir les montants et le contenu de ce document, voir notre article sur l’audit énergétique obligatoire pour les logements classés E, qui détaille le prix de la prestation et son contenu réglementaire.
Faut-il rénover avant de vendre ou vendre en l’état ?
Cela dépend du différentiel entre le coût des travaux et la décote réellement observée sur le marché local, pas d’une règle générale. Rénover avant de vendre permet de sortir le bien de sa classe énergétique défavorable, d’éviter la mention de l’audit obligatoire dans l’annonce, et de viser un prix de vente aligné sur celui des biens mieux classés du secteur. Mais cela immobilise une trésorerie et un délai, pendant lesquels le marché peut évoluer.
Vendre en l’état évite l’avance de fonds et le risque de chantier, mais impose d’assumer la décote, dont l’ampleur reste, comme vu plus haut, difficile à anticiper sans données locales fiables. Des aides existent pour alléger le coût des travaux avant vente, notamment MaPrimeRénov’, mais leur montant est plafonné et conditionné aux ressources du foyer et à la nature des travaux engagés : ce n’est en aucun cas une prise en charge intégrale du chantier. Pour arbitrer entre les deux options avec des chiffres propres à votre bien, notre guide vendre maintenant ou rénover puis vendre détaille comment comparer les deux scénarios à partir du coût des travaux, du prix de marché local et du délai de vente estimé.
Comment évaluer la décote applicable à votre propre bien ?
En croisant trois données, pas en appliquant un pourcentage trouvé en ligne. D’abord, le coût réel des travaux nécessaires, issu de l’audit énergétique obligatoire et non d’une estimation grossière. Ensuite, les prix au mètre carré réellement constatés dans votre secteur pour des biens comparables déjà rénovés, disponibles via les bases notariales ou les indicateurs locaux de l’Observatoire national de la rénovation énergétique. Enfin, la tension du marché à l’instant de la mise en vente : un marché vendeur absorbe mieux une étiquette F ou G qu’un marché acheteur.
Exemple type (cas fictif à titre d’illustration) : un propriétaire d’une maison de 110 m² classée F, en zone périurbaine moyennement tendue, fait réaliser son audit énergétique obligatoire. Le document chiffre à 38 000 euros le coût des travaux nécessaires pour atteindre la classe C (isolation des combles, remplacement de la chaudière, ventilation mécanique contrôlée). Les transactions notariales récentes dans le même secteur, pour des biens comparables déjà classés C ou D, se situent autour de 2 400 euros/m², contre 2 100 euros/m² pour des biens F ou G comparables, soit un écart d’environ 33 000 euros sur la surface totale. Ce rapprochement entre le devis de l’audit et l’écart de prix réellement observé sur des transactions comparables, et non un pourcentage forfaitaire trouvé en ligne, permet de fixer un prix de vente réaliste ou d’arbitrer en faveur d’une rénovation avant mise en vente.
Les propriétaires de biens classés G, en particulier, sont soumis à un calendrier plus serré que les F, puisque l’interdiction de location les concerne déjà depuis le 1er janvier 2025. Notre article sur la vente d’une maison classée G détaille les démarches spécifiques et les délais à anticiper pour ce cas précis.
En définitive, la décote d’une passoire thermique se construit localement, transaction après transaction, et se documente par des chiffres vérifiables plutôt que par une estimation forfaitaire. L’audit énergétique obligatoire, en rendant le coût des travaux explicite, a transformé une négociation auparavant fondée sur l’incertitude en une discussion appuyée sur des devis. C’est cette traçabilité, plus que la classe DPE elle-même, qui structure désormais le prix final de vente.
Sources
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